The Argyll and Sutherland Highlanders of Canada (Princess Louise’s) - Histoire

Notre Histoire

Le Régiment (1903-2009)

À la fin de sa longue vie, un des membres les plus distingués du Régiment se remémorait les années passées au sein de The Argyll and Sutherland Highlanders of Canada (Princess Louise’s) (A & SH of C) et tout le reste semblait de moins en moins important. Quelques années plus tôt, Claude Bissell, longtemps président de l’Université de Toronto et chercheur éminent, décrivait le régiment comme un modèle de mémoire collective et un regroupement d’êtres humains. À son avis, « les régiments d’infanterie invitent à ce type de réflexion; un régiment d’infanterie est avant tout composé d’êtres humains [...] Il existe des liens particuliers qui unissent des êtres humains dans un régiment d’infanterie. Les gens ont tendance à douter de l’autorité supérieure, des membres des échelons supérieurs qui remplissent de la paperasse et transmettent des directives incompréhensibles. Le régiment d’infanterie est la pièce maîtresse du combat; il représente également le travailleur amer qui possède une volonté de fer marquée par le cynisme et l’orgueil. »

Toujours selon M. Bissell, le Régiment a une forte emprise sur ses membres parce que « chacun d’entre nous possède une mémoire commune, chacun d’entre nous s’accroche à des événements et des souvenirs qui nous sont propres ». Cette capacité constante à établir des liens une génération après l’autre est l’une des caractéristiques propres au génie du Régiment. Ainsi, pendant la Seconde Guerre mondiale, cette capacité a fait du Régiment, du moins de l’avis de Bissell, « une unité confiante et unie en voie d’acquérir la marque de distinction qui constitue la signature de l’A & SH of C ».

Un siècle d’existence constitue un âge vénérable pour une institution, surtout dans un pays relativement jeune; il s’agit d’un appel à la célébration, à la réflexion et à un engagement renouvelé. Les origines du Régiment remontent aux années grisantes précédant la Première Guerre mondiale. Deux contingents de volontaires canadiens avaient servi pendant la guerre des Boers; le militarisme était dans l’air du temps et les Canadiens écossais affirmaient leur identité culturelle en demandant la création de régiments Highland. Depuis les années 1880, diverses communautés du pays demandaient aux gouvernements réticents d’établir de telles unités.

La demande a été réitérée à Hamilton lorsque de nombreux clans locaux et sociétés écossaises menés par la St. Andrew's Society et les Sons of Scotland ont décidé de prendre les choses en main. Le projet a été accueilli avec scepticisme dans certains milieux. Néanmoins, grâce à James Chisholm et à William Alexander Logie, deux avocats éminents de la région et membres du Parti libéral, le groupe a rapidement dépassé son quota de recrutement et amassé les fonds nécessaires pour fournir la tenue Highland. Selon une ébauche de lettre rédigée par M. Chisholm ou M. Logie en 1902 à l’intention de la police militaire locale, les officiers suggérés étaient de bons concitoyens jouissant d’une excellente réputation et d’une grande influence au sein de la communauté. Quant aux troupes, elles étaient composées d’hommes très talentueux provenant principalement de la classe supérieure d’Écossais, propriétaires de leurs maisons et possédant un intérêt dans la communauté. Grâce à un large soutien de la communauté, des appuis politiques solides, des manœuvres astucieuses et des ressources financières suffisantes, le projet est allé de l’avant malgré la réticence du ministre de la Milice et de la Défense. Le 16 septembre 1903, le nom du Régiment est paru sous le nom de « 91st Canadian Highlanders » dans la Gazette du Canada; il a été déterminé qu’il compterait quatre compagnies. Le choix du nom était sans aucun doute délibéré. En dépit du fait que le nouveau Régiment tirait ses origines symboliques de la tradition militaire écossaise et du système de clans des Highlands et au-delà des efforts délibérés déployés par les communautés canadiennes écossaises pour favoriser une tradition écossaise distinctive au sein de la société canadienne, le nom en disait long : les Highlanders du Canada.

Par ailleurs, on peut supposer que la juxtaposition du nom et de la devise gaélique « Albainn Gu Brath » (L’Écosse pour toujours) était tout aussi délibérée. Le numéro « 91st » renvoie au 91st Argyllshire Highlanders de l’armée britannique. Au tout début, les kilts et les cornemuses constituaient les principaux symboles du Régiment. Bien que le Régiment ait possédé une fanfare militaire, fort louangée au fil des années, les corps de cornemuses et de tambours étaient prééminents. Durant les deux grands conflits du 20e siècle, les corps de cornemuses et de tambours de l’A & SH of C ont représenté non seulement le Régiment, mais le pays tout entier. Les cornemuseurs symbolisaient un régiment Highland. Ils se distinguaient non seulement par leur tenue unique, mais par leur musique à la fois puissante, violente et sombre qui était capable d’évoquer chacune des émotions humaines sans tomber dans la sensiblerie. Il existe peu de cultures dans lesquelles un instrument de musique est si intimement lié à son peuple. La reconnaissance et le symbolisme des simples joueurs de cornemuse – si chers à la société des Highlands – se sont accrus considérablement avec l’émergence des régiments Highland et des corps de cornemuses. Les cornemuseurs ont obtenu une grande notoriété reposant sur leurs traits de personnalité, leurs excellentes qualités de musicien, leur appartenance à une fanfare et leurs compétences de soldat. Le Major Bob Paterson, commandant de la Compagnie C pendant la Seconde Guerre mondiale, écrivait : « La musique des cornemuses… Il suffit d’y repenser pour nous ramener dans le Régiment. » Aujourd’hui comme hier, cette musique stimule le moral des membres du Régiment. Toutefois, un Régiment ne se résume pas à ses symboles. Le principe du sacrifice se trouve au cœur de cent années de service. Comme Winston Churchill l’a souligné, les soldats sont deux fois citoyens. Depuis 1903, des milliers d’hommes et de femmes de la région d’Hamilton ont consacré plusieurs soirs de semaine et une fin de semaine ou plus par mois afin de devenir des membres la Première réserve des forces armées du pays. L’attrait de la profession des armes, du sens du devoir et de la camaraderie, ainsi que la nécessité d’un revenu supplémentaire expliquent en grande partie l’intérêt porté au Régiment. Toutefois, le lot du milicien n’a jamais été facile; cela demande un engagement continu et un sacrifice de son temps libre supérieur à ceux de bien des activités paraprofessionnelles. Le défi est énorme. Les semaines et les saisons au sein du bataillon sont principalement marquées par un programme routinier, variant au cours des années, composé de cérémonies, de drills, d’exposés, d’exercices d’entraînement, d’activités d’administration et de recrutement, sans oublier les contraintes (et les avantages certains) de la vie de mess et un calendrier d’activités sociales régimentaires toujours complet.

Le service militaire a toujours été la raison d’être du Régiment. Au cours de son existence, le Régiment a surtout connu des périodes de paix, fort heureusement. Pendant un siècle, une multitude d’officiers et de sous­officiers spécialisés ont fourni les cadres essentiels à la continuité des efforts et au maintien de l’excellence tandis que le sort du Régiment régressait ou s’améliorait au gré des fluctuations, parfois très fortes, des politiques gouvernementales. Le cadre du service au sein de l’A & SH of C, élaboré grâce au dévouement de ces officiers et de ces sous­officiers, a servi durant les deux guerres mondiales, les situations de crise civile et la participation de membres de l’A & SH of C à des déploiements de troupes de l’ONU et de l’OTAN à l’étranger. Dans les années suivant la Seconde Guerre mondiale, les occasions de déploiement à l’étranger étaient rares pour les membres de la milice. Un faible changement s’est produit dans les années 1980; en effet, cinq membres de l’A & SH of C ont été affectés à Chypre et trois autres en Allemagne. La fin de la guerre froide et le début des tensions dans l’ex­Yougoslavie ont été une source de nouveaux défis pour le Régiment. Dans les années 1990, 26 membres de l’A & SH of C ont été affectés dans cette région et deux autres membres ont servi ailleurs dans le monde. Depuis 2003, 42 membres de l’A & SH of C ont servi en Afghanistan et, à l’heure actuelle, 37 autres sont pris en considération pour une période de service en 2010.

À l’époque, le prix à payer était élevé. Le Capt Sam Chapman, commandant d’une compagnie de l’A & SH durant la Seconde Guerre mondiale, a affirmé que l’histoire du Régiment était écrite dans le sang. Cette affirmation est indéniable. Pendant la Première Guerre mondiale, le Régiment a affecté 145 officiers et 5 207 militaires du rang au CEF (Corps expéditionnaire canadien), notamment le 19th Battalion et le 173rd Highlanders. Les deux unités ont été perpétuées par l’A & SH of C. Tandis que le 173rd Highlanders a été fractionné pour fournir des renforts, le 19th Battalion a participé de très près à la Première Guerre mondiale. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’unité a été fidèle à elle-même et s’est même dépassée. Sa première action majeure en Normandie, sur la côte 195, allait figurer dans les annales. Cette réussite brillante et peu orthodoxe est décrite comme « l’action la plus impressionnante de l’opération TOTALIZE ». Des méthodes innovatrices plutôt qu’orthodoxes, un fort sens du leadership et de l’humanité, un esprit et un style remarquables, une excellente administration : tels étaient les critères de la réussite de l’A & SH of C et l’héritage de l’unité. L’A & SH of C a obtenu 34 honneurs de guerre au cours des conflits mondiaux. Durant la Première Guerre mondiale, 1 174 membres de l’A & SH of C ont donné leur vie comparativement à 285 membres durant la Seconde Guerre mondiale. Le nombre de blessés s’élève à environ quatre fois le nombre de soldats décédés. La plupart des institutions locales qui ont joué un rôle crucial dans la création du Régiment n’existent plus. Le Régiment demeure, tout comme ses grands symboles des Highlands.

L’idée qu’on eu nos ancêtres en 1902 de former un bataillon constitué presque exclusivement de militaires de descendance écossaise était, même à l’époque, tirée par les cheveux. Que ce soit au cours des deux guerres, de l’entre-deux-guerres ou l’après­guerre, le Régiment a toujours été canadien sans restriction ou discrimination. Aujourd’hui comme hier, le Régiment est représentatif de la population canadienne. Les Highlanders canadiens en kilt ont représenté le Régiment et le Canada lors des célébrations de la victoire des deux guerres – jouant de la cornemuse au sein du Corps canadien au­dessus du Rhin à la fin de 1918 et à la tête du Canadian Berlin Battalion (un bataillon composite commandé par l’A & SH of C) lors des célébrations de la victoire à Berlin en juillet 1945. Pour la première fois en 1904 et plus récemment en 2002, les Highlanders canadiens en kilt ont participé avec fierté à la parade du drapeau, pleinement conscients des accomplissements et de la réputation du Régiment, et déterminés à perpétuer ses traditions et son style au cours du prochain siècle de service.

La force du Régiment réside dans ce qu’il représente et ce qu’il apporte à ses membres. Le soldat James Farrell, un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, indiquait : « Lorsque vous entrez dans l’armée – comment dire –, vous devenez l’un des leurs. C’est systématique. Qui que vous soyez et quelles que soient vos origines, vos croyances, etc., vous êtes un des leurs, point à la ligne. » Tom Kedney, un autre soldat et ancien combattant, décrivait ainsi ses confrères : « C’était une bande fantastique! Vous savez lorsqu’on dit “un pour tous et tous pour un”, je peux vous affirmer en toute franchise que ça s’applique à tout, à leurs idées, à leurs avoirs… Quant à l’esprit de corps, je suis très heureux de l’avoir connu, car je ne revivrai jamais une telle expérience. » Le Régiment puise son pouvoir renouvelé dans cette expérience unique et rare dans la société humaine.

Le Major Pete Mackenzie, commandant de compagnie en temps de guerre, a présenté les choses ainsi : « Plus tard, lorsqu’on y repense, on réalise que l’effet cumulatif de ce processus a créé chez chaque génération de membres un sentiment de fierté à l’égard du Régiment, une loyauté indéfectible et la conviction d’avoir respecté et transmis les traditions dont on a hérité. » Or, il s’agit du défi de chaque nouvelle génération de membres. Son ami et commandant de compagnie, le Major Hugh MacLean, est celui qui a décrit le mieux le Régiment en relatant ses souvenirs : « Durant ces années de guerre, j’ai senti le pouvoir subtil du régiment (je commençais à peine à comprendre les origines de cette force) – des éléments qui étaient propres à la nature du régiment ont surgi dans mes souvenirs confus. J’ai d’abord songé à l’humanité et à la gaieté du Régiment, puis à son profond sens moral. Enfin, je me suis souvenu (plus clairement) de son style inimitable, que le régiment arborait en toute occasion, même pendant les combats. Si mes propos se rapportent à mes années passées au sein du First Battalion, je tiens à souligner que l’humanité, le sens moral et le style continuels, bien sûr, reflètent les traditions et la qualité du Régiment depuis sa création en 1903. Que dire de sa ténacité et de sa verve écossaises, de son sens commun et de son penchant pour l’ironie typiquement canadiens, du port et de la fierté de ses soldats – toujours prêts à faire face aux menaces de toutes sortes. » Pourquoi Claude Bissell, après avoir mené une brillante carrière, s’est-il remémoré son bataillon et ses chers frères d’armes de l’A & SH of C? Si vous cherchez la réponse, elle se trouve dans le discours éloquent de M. MacLean.

La tradition de The Argyll and Sutherland Highlanders of Canada (Princess Louise’s) est définie avec brio par son leader le plus éminent, le Lcol J. David Stewart, D.S.O., E.D., vainqueur sur la côte 195 : « J’ai pensé que mon bataillon était là pour sauver des vies et accomplir une mission. » Cet énoncé succinct et on ne peut plus canadien décrit bien le leadership et le style de l’A & SH of C. Il s’agit d’une tradition qui se poursuit depuis plus d’un siècle.

Robert L. Fraser
Historien régimentaire

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