Un soldat de Caraquet partage quatre décennies d’expérience

Article / Le 15 novembre 2017 / Numéro de projet : 17-gd01

Par le Major L. Angell, Direction des affaires publiques de l’Armée

Remarque : pour visionner les photos additionnelles, veuillez cliquer sur la photo dans la galerie d'images.

Partie 1 – Le mentor

L’adjudant-maître Roch Lanteigne, qui est né et a grandi à Caraquet (Nouveau-Brunswick), fait partie du North Shore (Nouveau-Brunswick) Regiment. Il est l’un des 14 soldats canadiens qui ont été déployés à Dȩba, en Pologne, à l’appui d’un entraînement militaire multinational tenu du 5 au 16 novembre 2017.

Comptant 42 ans de service à titre de fantassin, dont la plupart en tant que parachutiste, et des déploiements sur 5 continents, l’Adjum Lanteigne possède un immense bagage de connaissance et d’expérience à partager. Et c’est exactement ce qu’il fait en sa qualité de mentor dans le cadre de l’exercice MAPLE ARCH 2017.

MAPLE ARCH est un exercice de simulation par ordinateur de 11 jours mené annuellement avec le Canada, la Lituanie, la Pologne et l’Ukraine. Les nations participantes forment leur état-major de quartier général au commandement et contrôle de troupes dans le cadre de scénarios réalistes, recréant notamment des opérations de soutien de la paix, d’aide humanitaire et d’intervention en cas de crise. Les mentors canadiens, provenant principalement de la 5e Division du Canada, offrent du soutien direct au Bataillon d’assaut aérien 1-80  de l’Ukraine.

« Il s’agit de ma troisième participation à l’exercice MAPLE ARCH. Ce qui me frappe le plus, c’est l’évolution de la technologie que nous utilisons. L’instruction par ordinateur est très sophistiquée, ce qui signifie que nous pouvons simuler de nombreuses situations qui exigent des participants qu’ils effectuent une analyse et trouvent des solutions », explique le l’Adjum Lanteigne.

L’exercice MAPLE ARCH 2017 permet à l’état-major de quartier général de mettre en pratique le processus de prise de décisions militaire, un guide étape par étape qui mène ultimement à la prise d’une décision par un commandant concernant la meilleure façon d’accomplir la mission.  

« Je remarque que de plus en plus de jeunes officiers sont placés dans des postes de leadership clés. Durant cet exercice en particulier, il y a des commandants de compagnie et de bataillon ukrainiens qui sont dans le début de la trentaine et qui sont en charge de centaines de soldats. C’est une immense responsabilité, mais ce sont des militaires bien formés et prêts à relever le défi », poursuit-il.

Bon nombre des soldats ukrainiens encadrés par les Canadiens ont récemment pris part à des opérations de lutte contre le terrorisme dans l’est de l’Ukraine. « Ils ont fait leurs preuves au combat et possèdent une vaste expérience. Cet exercice donne lieu à un échange bien équilibré de connaissances, et permet aux Canadiens et aux Ukrainiens d’apprendre les uns des autres. »

Partie 2 – Un retour dans le passé

En uniforme depuis plus de quatre décennies – dont 35 ans à titre de membre de la Force régulière avec le Royal 22e Régiment – et réserviste auprès du North Shore (NB) Regiment depuis 2011, l’Adjum Lanteigne pourrait écrire un livre entier avec son histoire de vie. En 1980, alors qu’il était caporal-chef, il a rencontré Terry Fox lorsque ce dernier était à Petawawa (Ontario) dans le cadre de son Marathon de l’espoir. Impressionné par l'engagement implacable de Fox à recueillir des fonds pour trouver un remède contre le cancer, l’Adjum Lanteigne lui a promis d’effectuer, en son honneur, un marathon en portant un attirail militaire complet, y compris un sac de 60 libres, chaque année jusqu’à ses cinquante ans. Il a tenu parole : il a couru pas moins de 25 marathons (parfois deux par années) et aidé à sensibiliser sa communauté à la cause.

L’Adjum Lanteigne est issu d’une famille militaire et a suivi les traces de son père, qui a combattu au sein de l’infanterie de l’Armée canadienne durant la Seconde Guerre mondiale. Quatrième d’une famille de cinq garçons, il a reçu, comme de nombreux enfants de sa génération, une éducation axée sur l’autonomie, le travail acharné et la contribution à la communauté. Ce militaire hautement décoré a pris part à des déploiements en Somalie, à Chypre (trois fois), sur le plateau du Golan, en Égypte et en Afghanistan (missions de combat). Blessé à deux reprises, il a vu le meilleur et le pire de l’humanité.

Lorsqu’il est devenu père à son tour, il a pris soin d’élever, avec sa femme, ses deux filles selon les mêmes principes que lui avaient inculqués ses parents, pour en faire des personnes fortes et indépendantes. Il leur a notamment enseigné à changer des pneus, à remplacer le filtre à air dans la maison, à lire une carte et une boussole, et à chasser. Au fil du temps, ses filles sont devenues de grandes sportives et se sont mises à la course – une activité à laquelle leur père s’adonne chaque jour. Aujourd’hui adultes, elles sont respectivement psychologue et propriétaire d’une entreprise; elles ont elles-mêmes des enfants et mènent une vie active. Elles ont par ailleurs participé à de nombreux marathons à Ottawa. L’an dernier, après avoir enfin obtenu un meilleur temps que leur père, elles n’ont pas manqué de se moquer de lui et de sa lenteur : à 59 ans, il a terminé le marathon en près de 3 heures et 30 minutes, un temps que la plupart des jeunes dans la vingtaine n’arrivent même pas à atteindre.

L’Adjum Lanteigne a toujours vécu selon le principe de la persévérance, alors qu’il se consacrait à sa passion pour le parachutisme au sein de l’Armée canadienne. Il détient d’ailleurs le record de l’OTAN pour le plus grand nombre de sauts – 1 136 exactement – de moins de 1000 pieds. Son parcours est si impressionnant qu’une zone de saut a été baptisée en son honneur à Valcartier (Québec). Habitué de travailler avec d’autres nations, il a obtenu ses ailes de parachutiste de 10 pays et a fait partie des SkyHawks, l’équipe de démonstration des parachutistes d’élite de l’Armée canadienne, en 1997-1998 et en 2004.

Il se souvient de ce qu’était l’armée autrefois; l’appui de la population était à son plus bas et la solde et les avantages sociaux étaient tellement maigres qu’il n’était pas rare pour les soldats de devoir faire appel à des banques alimentaires. Il s’est porté volontaire pour être parachutiste d’essai, soit tester les prototypes de parachutes pour les Forces armées canadiennes, et touchait ainsi une prime de risque dont il avait désespérément besoin pour soutenir sa famille. C’était de l’argent durement gagné; il a dû déployer son parachute de secours à 27 reprises durant les essais.

L’Adjum Lanteigne célèbrera dans quatre mois ses soixante ans, âge obligatoire de la retraite. Il est, selon la définition militaire, un « vieux soldat ». Il était là en 1989 lorsque Sandra Perron, première femme officier de l’infanterie, est arrivée au 22e Régiment. Il se souvient de la fierté qu’il avait alors ressentie, un sentiment qui n’était pas partagé par tous, plusieurs n’étant pas aussi avant-gardistes que lui. Perron relate d’ailleurs son expérience, et l’isolement qu’elle a ressenti, dans son livre Outstanding in the Field. L’Adjum Lanteigne a quant à lui vu des femmes médecins les mains couvertes de sang, sous les tirs ennemis, prodiguer calmement des soins vitaux à des soldats blessés en Afghanistan.

Selon lui, le genre d’une personne n’a rien à voir avec ses qualités de soldat; ce sont plutôt ses actions qui importent. « Vous ne savez jamais qui vous sauvera la vie », conclut-il.

Date de modification :