Une carrière dans la Réserve a permis à un militaire de réussir dans le milieu civil

Article / Le 22 février 2016 / Numéro de projet : 16-0012

Toronto, ON — « Nous ne sommes pas riches, mais nous avons des privilèges. »

Cette citation, la préférée du capitaine (retraité) Kevin Junor, a été prononcée par sa fille Shana lorsqu’elle avait neuf ans, mais cela pourrait bien être la définition de sa vie.

« Elle a fait cette observation après la relève de la garde au palais Buckingham. Nous avions eu le privilège d’assister à l’événement sur le terrain du palais en raison de mon grade militaire, tandis que tous les autres observaient ce qui se passait de l’autre côté de la barrière du palais », a expliqué le Capt (ret) Junor, qui occupait à l’époque le poste de sergent-major régimentaire au 100e anniversaire de naissance de la Reine Mère.

Ce directeur général adjoint au ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels de l’Ontario est né à Birmingham, en Angleterre, de parents jamaïcains. Il affirme qu’il n’a pas eu une enfance facile. Il a subi la longue séparation de ses parents et un déménagement à l’étranger, et il a habité des années dans des logements subventionnés. Au milieu des années 1960, sa mère a confié le Capt (ret) Junor et ses frères et sœurs à leur grand-mère en Jamaïque pour pouvoir entamer une nouvelle vie au Canada. Ses enfants l’ont rejoint à Scarborough, en Ontario, en 1973.

C’est grâce au leadership de sa mère et aux bons conseils de son pasteur que le Capt (ret) Junor a su prendre les bonnes décisions durant son adolescence, et ce, malgré les circonstances difficiles. « C’était mon éducation : ma mère m’avait bien fait comprendre que mon rôle était de faire ce qu’on me disait de faire, d’aller à l’église et à l’école. »

Une rencontre fortuite avec un recruteur de l’Armée canadienne du Toronto Scottish Regiment (Queen Elizabeth the Queen Mother’s Own), a ouvert la voie à un monde d’apprentissage et de possibilités pour le Capt (ret) Junor lorsqu’il avait 17 ans. « Le recruteur était venu à mon école secondaire parce que le directeur était le lieutenant-colonel (retraité) Horwood, ancien commandant du 25e Bataillon des services (Toronto). Il m’a dit : 'J'ai un emploi d’été pour toi et tu pourras le garder aussi longtemps que tu le voudras.' Je me suis dit, 'Qui refuserait ça?' »

Le plan initial du Capt (ret) Junor, qui était de quitter l’Armée à la fin de ce premier été, a changé après l’instruction élémentaire. « L’esprit de camaraderie était incroyable. Le régiment me donnait les défis dont j’avais besoin [à cet âge]. De plus, on me promettait que j’allais faire différentes choses », a-til expliqué.

Le Capt (ret) Junor est demeuré à son unité basée au Manège militaire de Fort York pendant la majeure partie de sa carrière, en menant ce qu’il appelle une double vie comme réserviste. En plus d’avoir accédé au poste de sergent-major régimentaire, son travail dans la fonction publique l’a tout d’abord amené, en 1985, au ministère des Transports de l’Ontario en tant que conseiller principal des opérations et des politiques. Il travaille actuellement au ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels de l’Ontario en tant que conseiller responsable des rapports sur le recours à la force. Il a également occupé le poste de sous-directeur de la prison de Don à Toronto en 2012.

Il ne fait aucun doute dans l’esprit du Capt (ret) Junor que le privilège de l’apprentissage, qui vient de son service dans la Réserve de l’Armée canadienne, l’a préparé à une carrière fructueuse dans la fonction publique. « Ce qui est merveilleux à propos du milieu militaire, c’est qu’il m’a permis d’acquérir des compétences comportementales, des compétences que je n’aurais pas pu développer à un aussi jeune âge dans d’autres organisations. Des compétences comme le leadership et la pensée stratégique. Si je postule à un poste, j’aurai une pensée et un rendement d’un niveau supérieur que la plupart des gens autour de moi. »

Le Capt (ret) Junor a prospéré dans les deux domaines de sa double carrière. Il a reçu de nombreuses récompenses et promotions, notamment l’Ordre du mérite militaire, la plus haute distinction militaire à l’extérieur du combat; le prix Harry Jerome, qui reconnaît les réalisations des Afro-Canadiens, et le prix Améthyste, la plus prestigieuse récompense de la fonction publique de l’Ontario.

Toutefois, des préjudices ont fait ombrage à l’expérience militaire du Capt (ret) Junor. « J’œuvrais au sein d’un régiment écossais, j’ai donc porté un kilt pendant 34 ans », a-t-il expliqué. Il a pris une pause chargée d’émotions pour expliquer que la couleur de sa peau de même que son contraste avec son uniforme ont provoqué des gestes blessants de la part de certains militaires. « J’ai été surpris par le niveau de racisme de certains de mes camarades et de mes supérieurs. Au Canada, le racisme est voilé tandis qu’aux États-Unis, il est explicite. Cette réalité m’a affecté dans le milieu militaire. »

Une fois de plus, l’Armée a donné un privilège au Capt (ret) Junor : le pouvoir de faire quelque chose à propos des insultes, des propos malveillants et des comportements inacceptables. Durant son mandat à titre de sergent-major régimentaire, on lui a demandé d’agir à titre de coprésident du Groupe consultatif des minorités visibles de la Défense (GCMVD). Durant cinq ans, le Groupe a examiné différents enjeux au niveau national. « Les obstacles systémiques et les cas flagrants de racisme ont été examinés de Vancouver à Halifax. Et nous les avons attaqués de front. »

Il est particulièrement fier des changements, car bien qu’ils aient été minimes, ils ont eu des répercussions considérables sur la vie des membres des minorités visibles de l’Armée canadienne. « Le règlement sur la tenue vestimentaire stipulait que les femmes devaient uniquement porter leurs cheveux en chignon. Pour les femmes noires avec des tresses africaines, c’était impossible. Nous avons fait changer le règlement. »

Maintenant retraité de l’Armée, le Capt (ret) Junor continue de défendre les intérêts des minorités visibles dans le système correctionnel et dans son village natal de Caledon, en Ontario. Quand on l’interroge sur ses plans d’avenir, il dit vouloir aider les autres dans les Caraïbes et à Sierra Leone jouir du privilège dont il a bénéficié en tant que membre de l’Armée canadienne.

« J’ai eu la chance de pouvoir faire tomber des barrières, mais ce ne sont pas tous les gens qui ont cette chance. Ma mission est de leur donner un coup de main, et non de leur faire la charité. »

Par Anne Duggan, Affaires publiques de l’Armée

Date de modification :