Un physiothérapeute de l’Armée dirige une recherche de pointe

Article / Le 26 octobre 2016 / Numéro de projet : 16-0171

Remarque: pour visionner les photos additionnelles, veuillez cliquer sur la photo dans la galerie d’images.

Par Steven Fouchard, Affaires publiques de l’Armée

Edmonton (Alberta) — Les commandants des Forces armées canadiennes (FAC) reçoivent des rapports périodiques sur l’état et le risque de panne des véhicules, navires ou aéronefs, mais l’organisation ne dispose d’aucun document équivalent pour sa ressource la plus précieuse de toutes : ses soldats. Le major Daniel Crumback travaille à la création d’un tel document.

« Les commandants de l’Armée se fient aux rapports sur les véhicules hors d’usage afin de savoir combien de leurs véhicules sont en panne ou ont besoin d’entretien. Lorsque j’ai suggéré que l’on utilise ce concept pour les êtres humains, de nombreux commandants ont immédiatement manifesté leur intérêt », explique le Maj Crumback, responsable régional des services professionnels en physiothérapie de l’Ouest du Canada.

Le Maj Crumback termine actuellement une maîtrise en science de la réadaptation de l’Université de l’Alberta. Son but est d’inventorier un groupe de tests qui permettront de prédire les blessures musculo-squelettiques liées aux quadrants. Ce groupe de tests sera appelé le « Système de prédiction des blessures liées aux quadrants » (Quadrant-Based Injury Prediction System [QBIPS]).

« Dans ce contexte, le quadrant fait référence aux blessures locales qui touchent habituellement la région environnante, par exemple un dysfonctionnement dans la région lombaire qui affecte le bassin, la hanche et le genou », souligne le Maj Crumback, qui a élaboré des programmes d’entraînement fonctionnel intégré (EFI, en anglais les « FIT Programs ») basés sur les trois quadrants : EFI pour le quadrant supérieur (UQFIT), EFI pour le quadrant inférieur (LQFIT) et un programme pour la colonne vertébrale (SFIT). Le but de ces programmes est de permettre aux militaires aux prises avec des blessures musculo-squelettiques de passer de la réadaptation à un entraînement fondé sur performance. Les programmes d’EFI ont fait l’objet d’essais dans trois bases des FAC et les résultats indiquent des améliorations fonctionnelles importantes chez tous les participants.

Il y a une dizaine d’années, le Maj Crumback a entrepris l’élaboration de programmes d’EFI alors qu’il était physiothérapeute au Régiment d’opérations spéciales du Canada à Petawawa. Son intention était de créer un programme d’entraînement efficace et efficient basé sur les exercices pour le personnel des FAC. Les programmes d’EFI sont de nature collaborative et impliquent la participation de l’équipe de réadaptation physique des FAC et du personnel de conditionnement physique du Programme de soutien du personnel (PSP) de six bases de l’Ouest du Canada. On prévoit également mettre ce programme en œuvre dans le Canada atlantique à l’automne 2016. On désigne maintenant l’EFI par le nom de « Réadaptation à la performance » (R2P).

« La R2P propose une approche collaborative entre le physio et le conditionnement physique du PSP », explique Rick McKie, gestionnaire national du conditionnement physique des FAC avec le PSP d’Ottawa. Il souligne les nombreux avantages liés à la collaboration entre les deux organisations « dans le but commun de permettre au client/patient de retourner au travail ou de reprendre sa “nouvelle vie normale” ».

La collecte des données pour l’étude du Maj Crumback sur le QBIPS a commencé en août 2016. Ces données permettront de déterminer dans quelle mesure un groupe de 19 tests cliniques évaluant le mouvement peut prédire l’apparition de blessures liées aux quadrants au cours des six à douze mois suivants chez les militaires des FAC. En cernant la population à risque grâce à ce processus, les chercheurs peuvent alors utiliser les programmes R2P à des fins de prévention de blessures.

« Il n’est pas possible d’élaborer un système efficace de prévention de blessures sans être capable de déterminer quelle est la population à risque », observe le Maj Crumback. « Mon but est de faire appel à mes programmes R2P pour prévenir les blessures et améliorer la performance plutôt que de s’en servir comme programme de réadaptation. »

« J’ai travaillé avec des chercheurs principaux des forces armées des États-Unis, mais actuellement nous sommes les seuls qui étudient la prédiction du point de vue des quadrants », ajoute-t-il. « Certaines études montrent que les tests basés sur le mouvement peuvent prédire les blessures à venir, mais ces études ne peuvent vous dire quelle région sera touchée ou quand elle le sera. Après avoir examiné leurs plus récentes études, les militaires américains réfléchissent à la possibilité d’adopter une approche basée sur les quadrants eux aussi. »

Selon le Maj Crumback, les traitements de physio actuellement offerts par les FAC sont axés sur le soulagement de la douleur et le rétablissement de la mobilité, mais cela ne permet pas aux tissues de revenir dans un état qui leur permettent de résister au stress de l’entraînement et des opérations. C’est pourquoi le taux de nouvelles blessures est très élevé chez les membres des FAC. La seule façon de s’assurer que les tissus touchés sont en mesure de résister à ces forces est de faire appel à un programme exhaustif d’exercices visant précisément les quadrants. Ce programme va bien au-delà de ce que les FAC sont actuellement en mesure d’offrir dans leurs cliniques de physiothérapie.

« Les programmes que les physiothérapeutes prescrivent tendent à ne pas être suffisamment longs ou assez exigeants pour permettre au militaire de reprendre ses activités sans risque de se blesser de nouveau », fait observer le Maj Crumback. Norm DeNault, chef d’équipe intérimaire en physiothérapie à la clinique de la 1re Ambulance de campagne à Edmonton, ajoute que « les programmes R2P font le pont entre la réadaptation et la performance, permettant à nos athlètes tactiques de reprendre toutes leurs activités, de la même façon que les athlètes professionnels peuvent être soignés pour être prêts le jour du match. »

« C’est formidable de prouver que vous êtes parvenu à prédire ce risque, mais en fin de compte, nous devons prouver que les programmes R2P font baisser le risque de blessure et qu’ils améliorent la performance », fait valoir le Maj Crumback. « En définitive, cela aura pour résultat que les commandants disposeront d’un plus grand nombre de militaires pouvant participer à l’entraînement et aux opérations; on constatera aussi une baisse du taux de retour des blessures, une baisse de la pression sur les ressources des Services de santé et une amélioration de la qualité de vie pour les membres de notre effectif. »

Le Maj Crumback est sûr que la recherche aura des répercussions positives sur la Stratégie de performance intégrée de l’Armée canadienne (SPIAC). La SPIAC a pour mission de promouvoir l’adoption d’une culture orientée sur la performance, la santé et la bonne condition physique afin d’accroître la disponibilité opérationnelle, tout en faisant en sorte que les militaires soient mieux préparés et plus résilients. Pour appuyer la stratégie, la SPIAC offre un site Web qui a pour thème « MISSION : Prêts » à l’adresse suivante : fortsfiersprets.ca.

« La recherche du Maj Crumback est perçue comme un élément ayant le potentiel de contribuer à la Stratégie de performance intégrée de l’Armée canadienne », affirme le brigadier-général Wayne Eyre, nouveau commandant adjoint du Commandement du personnel militaire.

Étude sur le Système de prédiction des blessures liées aux quadrants

Le Maj Crumback et son équipe de seize personnes étudient 500 membres des FAC en santé venant de plusieurs unités d’Edmonton, notamment du 1er Bataillon des services, du régiment Lord Strathcona’s Horse (Royal Canadians), du 3e Bataillon, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry et du 1er Régiment du génie de combat. Les candidats qui satisfont aux critères de sélection devront remplir un questionnaire où ils donneront des renseignements démographiques de base tels que leur âge, leur groupe professionnel, leurs antécédents de tabagisme, leurs habitudes de conditionnement physique et leurs antécédents médicaux. Ils devront ensuite effectuer un groupe de 19 tests de mouvement et faire l’objet d’un suivi entre six et douze mois, durant lesquels ils devront répondre à un questionnaire mensuel envoyé par courriel.

Le Maj Crumback s’attend à ce que sa thèse soit terminée d’ici l’été 2017; après cette date, la deuxième phase de l’étude commencera. En fonction des résultats de la première phase, il espère être en mesure de recenser les personnes à risque en utilisant un algorithme qui attribuera aux participants une cote de risque correspondant à la possibilité d’apparition d’une blessure pour chaque quadrant (p. ex., six fois le risque pour une blessure dans le quadrant supérieur) ainsi que le moment où une telle blessure pourrait se produire (p. ex., au cours des trois prochains mois). Au cours de la deuxième phase, les chercheurs demanderont aux participants à risque de suivre le programme d’EFI correspondant à leur quadrant à risque. Ils seront ensuite réévalué afin de déterminer si ce risque a changé.

La troisième phase de l’étude se penchera sur l’effet sur le taux de nouvelle blessure au même endroit et sur les changements sur la cote de risque au cours d’une période de cinq ans.

Major Crumback, responsable régional des services professionnels en physiothérapie (Ouest), 1re Ambulance de campagne

Le Maj Crumback s’est enrôlé dans les FAC en 1980. Son premier contact avec la physiothérapie militaire, il l’a vécu à titre de patient aux prises avec des blessures reçues alors qu’il était en mission en Allemagne.

« J’ai observé le physio et je me suis dit que ce qu’il faisait était intéressant. Je n’ai pas été immédiatement impressionné, mais j’avais l’impression que la physio avait un grand potentiel. Je me suis dit que la physio pouvait faire bien davantage que ce que je venais de vivre s’il y avait une meilleure coordination. »

Il a été choisi pour participer à un Programme de formation à l’intention des militaires du rang. Il a obtenu son diplôme universitaire de premier cycle en physiothérapie à l’Université de la Colombie-Britannique en 1994, puis il a pris sa retraite en vertu du Programme de réduction des Forces canadiennes en 1996.

Il a par la suite travaillé dans différentes cliniques privées au Canada et aux États-Unis.

« Je suis revenu des États-Unis et analysé tout ce que j’avais fait; j’ai constaté que ce que j’avais préféré, c’était la vie militaire », se souvient-il. « Je me suis donc enrôlé de nouveau en 2004. »

Depuis, il a agi à titre de physiothérapeute militaire en Afghanistan et avec le Régiment d’opérations spéciales du Canada. Le Maj Crumback occupe actuellement le poste de responsable des services professionnels en physiothérapie pour la région de l’Ouest. De son propre aveu, c’est là qu’il a trouvé le mélange idéal de gens pouvant l’aider à faire progresser ses travaux.

« J’ai été affecté à Edmonton et toutes les bonnes personnes s’y sont également retrouvées. Je suis tombé au bon endroit, au bon moment. »

L’intérêt augmente également à l’extérieur du Canada.

« J’ai récemment fait un exposé à Beijing sur l’entraînement basé sur les quadrants pour les athlètes tactiques, lors d’un sommet sur la performance parrainé par le Comité olympique chinois », ajoute le Maj Crumback. « La Nouvelle-Zélande a envoyé un représentant militaire à notre cours d’EFI de quatre jours à Edmonton dans le but de faire appel aux concepts de la R2P dans l’armée de la Nouvelle-Zélande. C’est un véritable honneur de travailler avec quelques-uns des plus brillants cerveaux en prédiction des blessures musculo-squelettiques. J’ai pris une très bonne décision en devenant physio et en m’enrôlant dans l’Armée. »

Pour commenter cet article, rendez-vous dans la section Articles de la page Facebook de l’Armée canadienne

Date de modification :